L.dimidiatusLabroides dimidiatus réussit le test du miroir
Une étude parue début février 2019 dans la revue PlLOS Biology démontre que Labroides dimidiatus se reconnaît dans un miroir ce qui amène les scientifiques à penser qu’il est conscient de sa propre existence.

Selon l’étude publiée dans la revue «PLOS Biology» les petits poissons de récifs tropicaux appelés labres nettoyeurs peuvent passer avec succès un test de base au cours duquel ils se reconnaissent dans un miroir malgré la petite taille de leur cerveau. Lancé en 1970 et considéré comme la référence absolue en matière d’intelligence animale le fameux test du miroir est conçu pour démontrer la connaissance de soi.

Les poissons sont ils conscients d’eux mêmes?

«L’étendue des capacités cognitives de ces poissons qui sont sous estimés est fascinante» a déclaré le Dr Alex Jordan auteur principal et biologiste évolutionniste à l’Institut d’ornithologie Max Planck en Allemagne au journal britannique «The Guardian».

Des chercheurs de l’Institut Max Planck et de l’Université de la ville d’Osaka, au Japon, ont injecté de petites quantités de colorant brun dans les gorges et têtes des labres nettoyeurs pour donner l’impression qu’ils avaient été parasités. Cela a été effectué pour voir s’ils pouvaient reconnaître leur reflet. Les poissons n’ont essayé de se débarrasser de cette marque qu’après l’avoir vue dans un miroir. Ensuite, l’équipe les a mis en présence d’un poisson identique portant la même marque, visible à travers un séparateur transparent, pour vérifier s’ils savaient que c’étaient bien eux qu’ils voyaient dans le miroir. Les poissons n’ont pas été dupés puisqu’ils ont arrêté d’essayer d’enlever la marque sur leur propre corps. Les labres nettoyeurs ne sont pas connus pour nager de haut en bas, mais certains d’entre eux l’ont fait 36 fois en une heure devant un miroir. Cela suggère qu’ils regardaient leur propre reflet. Les poissons se déplaçaient afin de pouvoir mieux voir les marques sur leurs têtes. Ils ont également affiché un comportement agressif à l’égard de la surface réfléchissante.

Une dizaine de labres nettoyeurs ont été soumis à ce test et l’ont passé avec succès. L’équipe de chercheurs a conclu que les poissons pourraient présenter des capacités cognitives bien plus élevées que ce que l’on pensait auparavant. Le poisson «affiche face au miroir un comportement qui est généralement accepté comme une preuve de la connaissance de soi pour beaucoup d’autres espèces» a déclaré le Dr Jordan à «Reuters».

Où se situent exactement les poissons sur l’échelle de l’intelligence animale?

Jusqu’à présent, plusieurs animaux ont réussi ce test. On retrouve parmi eux les grands singes, les éléphants d’Asie, les grands dauphins, les orques et les pies bavardes. Les humains adoptent le même comportement environ à l’âge de 18 mois.

Le Dr Jordan pense toutefois que les poissons pourraient avoir réussi le test sans posséder une véritable connaissance de soi. Il se demande si le test représente une mesure fiable des capacités cognitives animales. «Je ne prétends pas que les poissons n’ont pas de connaissance de soi, mais plutôt que l’hypothèse minimale requise pour expliquer les comportements observés avec le test du miroir n’est pas nécessairement synonyme de connaissance de soi, de conscience de soi, ou de théorie de l’esprit.»

«Qu’en est il si la connaissance de soi se développe comme un oignon en se construisant couche après couche?» s’est interrogé le Dr Frans de Waal un primatologue éminent de l’Université d’Emory aux États Unis dans un article de suivi mandaté par «PLOS Biology». Le Dr de Waal qui a étudié l’autoreconnaissance dans le miroir chez les mammifères a ajouté que «pour étudier davantage la connaissance de soi nous devrions arrêter de considérer les réponses face au miroir comme un test décisif. … Seules une théorie du soi plus étoffée et une plus grande batterie de tests nous permettront de déterminer l’ensemble des différents niveaux de connaissance de soi et notamment l’emplacement exact des poissons dans cette hiérarchie.»

Sources :
© Union européenne, 2019 – CORDIS
PLOS biology (en anglais)