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N chrosomusEspèces envahissantes
Le ministère de l’écologie a demandé l’avis de la Fédération sur le placement éventuel de Notropis chrosomus et Misgurnus anguillicaudatus sur la liste des espèces envahissantes. Ces 2 espèces sont peu courantes en aquarium, un peu plus en bassin de jardin, notamment pour N. chrosomus.

Nous avons bien entendu émis un avis favorable. Le problème des espèces envahissantes doit être une priorité pour les aquariophiles conscients de leurs responsabilités. Nous avons en effet été souvent accusés d’être à l’origine de certains déséquilibres causés par l’introduction, volontaire ou accidentelle, de certaines espèces telles Caulerpa taxifolia en méditerranée ou encore Pterois volitans aux Caraïbes.

M. anguillicaudatus est déjà présent dans certaines régions et il sera probablement très difficile d'empêcher la poursuite de son extension.
N. chrosomus est proposé régulièrement par le commerce et a été introduit dans de nombreux bassins de jardin.

Par ailleurs, l’agence française pour la biodiversité vient de publier une synthèse des connaissances, dix ans après les premières observations des gobies d’origine Ponto-Caspienne dans les rivières du nord-est de la France, étude à laquelle Henri Renard, Trésorier général FFA, a apporté son concours.
Il est fort à parier que les 4 espèces étudiées : Proterorhinus semilunaris (gobie demi-lune), Ponticola kessleri (gobie de Kessler), Neogobius melanostomus (gobie à tache noire) & Neogobius fluviatilis (gobie fluviatile) se retrouveront rapidement sur la liste des espèces envahissantes. À noter que ces espèces d’eau froide ne sont pas courantes en aquariophilie.

Lorsqu’une espèce (animale ou végétale) s’établit dans un territoire qui n’est pas son territoire d’origine, elle le fait au détriment des espèces autochtones entrainant souvent un bouleversement des écosystèmes. Ainsi, dans les eaux où sont apparus les quatre gobies, la population de certaines espèces autochtones (perches, goujons, grémilles) a drastiquement diminuée.
Après le prélèvement excessif et la destruction des habitats, les espèces envahissantes sont la troisième cause de la régression des espèces.

Les espèces envahissantes sont souvent introduites par l’homme, c’est le cas de N. chrosomus mais aussi, entre autres, de la tortue de Floride (Trachemys scripta), de l’écrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii)
Mais elles peuvent également s’établir « naturellement ». M. anguillicaudatus et les quatre gobies ponto-caspiens cités ci-dessus, sont arrivés du bassin du Danube en ayant suivi le canal Main/Rhin. Les œufs accrochés à la coque ou pompés dans les eaux de ballastage des navires, peuvent parcourir des milliers de kilomètres et trouver des conditions favorables à leur éclosion.

Autres exemples en mer, Ptérois meles, originaire de la mer Rouge est signalé dans le sud est de la Méditerranée très certainement après avoir transité par le canal de Suez ; Pterois volitans fait des ravages dans les Caraïbes après été relâché, dit-on, par des aquariophiles inconscients.

Les espèces envahissantes peuvent également « importer » des parasites ou pathologies inconnues par les espèces des écosystèmes elles s’installent. C’est le cas, par exemple, de l’écrevisse de Louisiane (Procambarus clarkii) qui héberge un champignon (Aphanomyces astaci) à l’origine de la « peste de l’écrevisse » qui décime des espèces indigènes.

Il est donc impératif de lutter contre l’extension de ces espèces. Malheureusement, il est souvent trop tard lorsque l’alerte est lancée et seul le ralentissement de la propagation des espèces est (parfois) possible.
Rappelons quand même que certaines espèces, aujourd’hui courantes dans nos eaux, sont ou ont été envahissantes (et certaines classées « nuisibles ») : silure glane (Silurus glanis), perche soleil (Lepomis gibbosus), sandre (Sander lucioperca), black bass (Micropterus salmoides), poisson chat (Ameiurus melas), aspe (Aspius aspius), pseudorasbora (Pseudorasbora parva) …

Ceci dit, n’oublions pas que la nature s’est toujours adaptée. La carpe aurait pu être classé « envahissante » il y a quelques siècles, elle est aujourd’hui … bien de chez nous. Mais il est vrai qu’à cette époque, l’homme ne jouait pas encore à l’apprenti sorcier.

Aujourd’hui, il appartient aux aquariophiles de prendre leurs responsabilités en ne rejetant ni faune ni flore dans les milieux naturels.
Ne permettons pas aux détracteurs de notre passion de nous attaquer sur ce point.


 JJ Lorrin