IndonésieL'exportation de coraux indonésiens est toujours interdite
Depuis plusieurs semaines, l'Indonésie interdit l'exportation de coraux. Le Djakarta Post a récemment publié un article qui en explique les raisons et met en lumière les problèmes soulevés par cette interdiction, tant en Indonésie qu'ailleurs dans le monde. En voici la traduction.

De Londres à Los Angeles, les poissons d'ornement maintenus dans les aquariums domestiques sont de plus en plus souvent la seule connexion de l'homme à la jungle de l'océan plus connue sous le nom de récifs coralliens.

Ces aquariums incluent parfois des coraux vivants comme habitat marin naturel, et environ 50% d'entre eux proviennent des côtes indonésiennes.

Au début du mois de mai, le gouvernement indonésien a choqué l'industrie des poissons d'ornement en stoppant toutes les exportations de corail dans une soudaine interdiction générale.

Selon Dirga Singkarru, directrice générale de l'Association indonésienne du corail et des poissons d'ornement (AKKII), cette décision est le résultat des efforts de synchronisation des réglementations entre le ministère de l'Environnement et des Forêts et le ministère des Affaires maritimes et de la Pêche.

« L'autorité de gestion est le ministère de l'Environnement, qui gère les documents CITES [Convention sur le commerce international des espèces en danger]. La réglementation nationale exige des certificats de quarantaine sanitaire, l'organisme les délivrant est le ministère de la pêche, mais celui-ci veut également participer au contrôle et à la surveillance. Les deux sont les instruments de la loi et, par conséquent, se resynchronisent pour ne pas se chevaucher », a déclaré Dirga Singkarru.

Pendant ce temps, d'autres parties prenantes ont exprimé leurs inquiétudes concernant les impacts potentiels de l'interdiction sur la chaîne d'approvisionnement.

« Les exportateurs ont de nombreux employés et aussi de nombreux fournisseurs notamment pêcheurs. Je pense que c'est un très gros problème », a déclaré Wesen Wirawan, propriétaire de l'entreprise d'exportation de corail Golden Marindo.

D’autre part, le président d'Ornamental Fish International (OFI), Shane Willis, a déclaré que l'interdiction aurait un impact dévastateur sur le marché et l'industrie du commerce du corail en Indonésie.

« D'ici deux mois, cela aura de très gros impacts financiers sur les exportateurs indonésiens. Dans six mois, le marché commencera à se détruire. Et dans un an ou deux, ce sera fini. Je ne pense pas que l'industrie reviendrait de cela. Tout ceux qui achètent du corail d'Indonésie iront ailleurs », a déclaré Shane Willis.

Ce dernier a exprimé des préoccupations plus générales concernant l'absence d'un calendrier précis et la possibilité pour l'Indonésie de perdre sa part de marché au profit d’importation de coraux sauvages ou d'élevage en provenance d'autres pays.

Une interdiction récente des exportations de corail basée sur des espèces menacées à Fidji, en tant que l'un des plus grands exportateurs de coraux au monde, a eu des effets paralysants.

Les effets sur les magasins de vente au détail, dans des régions telles que l'Europe qui sont approvisionnées par le corail indonésien, sont importants, de nombreux importateurs recevant des expéditions hebdomadaires. Le corail est un organisme vivant et un bien périssable qui doit être transporté rapidement le long de la chaîne d'approvisionnement et ne peut pas être stocké dans des entrepôts.

David Nicholson, d'Independent Aquatic Imports à Londres, le plus grand importateur d’animaux aquatiques au Royaume-Uni, a déclaré que l'Indonésie était leur principal fournisseur de coraux et que l'interdiction leur imposerait d'ajuster leurs activités.

« Quatre-vingts pour cent des coraux que nous importons viennent d'Indonésie. Si cela n’est plus possible, cela nous affectera, mais nous pouvons obtenir du corail d'ailleurs. Cela ne va pas tuer notre industrie, mais cela rendra la tâche beaucoup plus difficile. »

Un autre effet d'entraînement potentiel se porte sur les exportateurs indonésiens de poissons d'ornement et leurs collecteurs. Les importateurs achètent souvent simultanément des coraux et des poissons d'ornement pour réduire les coûts de transport, l'interdiction de l'un causant probablement une réduction de la demande pour l'autre et une dérive supplémentaire vers les exportateurs d'autres pays.

L'Indonésie est l'un des plus grands fournisseurs de poissons d'ornement marins dans le monde, et environ 12 000 personnes sont directement employées dans son industrie corallienne.

Peut-être que l'impact le plus dramatique serait sur les moyens de subsistance à la base dans les communautés côtières, où la pêche ornementale procure un nombre important d’emploi. Dans ces régions, la capture de poissons d'ornement offre aux pêcheurs locaux l'opportunité de s'engager dans la gestion de la pêche, en promouvant la durabilité de leurs moyens de subsistance et le fonctionnement de l'écosystème récifal local.

Shane Willis estime que l'interdiction pourrait compromettre les efforts visant à encourager la gestion durable de l'utilisation des récifs coralliens.

« Beaucoup de gens qui sont maintenant des « cultivateurs » de corail sont en fait d'anciens pêcheurs qui utilisaient du cyanure et d'autres pratiques destructrices. Ils aident maintenant l'environnement, mais ils sont désormais empêchés de le faire et n'ont aucune alternative », a déclaré Shane Willis.

« Alors vont-ils revenir à certaines de ces pratiques de pêche destructrices? C'est possible. Les gens vont faire ce qu'ils ont à faire pour survivre. "

Alors que les récifs coralliens ont une valeur économique, les communautés côtières sont directement incitées à les préserver en tant que source durable de revenus.

Des efforts sont en cours pour mettre au point un mécanisme, comme une interdiction partielle axée sur les exportations de coraux prélevés dans la nature, tout en maintenant les exportations de coraux d'élevage, ce qui permettrait aux exportateurs de poursuivre leurs activités entre-temps.

Berny Achmad Subki, du ministère des Affaires maritimes et de la Pêche indonésien, a exhorté toutes les parties concernées à rester optimistes et ouvertes à une communication large et fluide. Il a ajouté que le ministère estimait que l'interdiction était une étape nécessaire pour améliorer la surveillance du commerce, dans le cadre d'une évaluation nationale continue de l'utilisation durable des ressources naturelles.

Des préoccupations de longue date existent concernant la surexploitation des réserves de coraux sauvages, plus de 85% des récifs indonésiens étant fortement menacés par les activités humaines. L'Indonésie a établi des quotas pour la récolte et l'exportation de coraux vivants dans 11 régions.

Cependant, en raison du contrôle et de la surveillance réglementaires actuellement limités dans ces régions, il existe un risque de surexploitation pour les espèces destinées à l'exportation. Cela peut ajouter aux stress auxquels sont confrontés les récifs coralliens, tels que la hausse des températures des eaux provoquée par le changement climatique.

« Si les autorités renforcent la surveillance, le contrôle et la coordination entre les autorités, l'interdiction d'exporter réduirait les pressions directes sur les écosystèmes des récifs coralliens, aussi bien dans les zones marines protégées que hors des zones », a déclaré Ariefsyah Nasution.

Ainsi, les effets de la resynchronisation à plus long terme pourraient permettre une récupération accrue pour les écosystèmes récifaux.

Au cours des dernières décennies, les progrès de la technologie ont permis aux aquariums de devenir un passe-temps plus abordable pour une société de plus en plus urbanisée à s'engager personnellement dans la vie aquatique. Cela fournit un lien précieux entre les gens et la nécessité de conserver les merveilles naturelles dans nos océans.


Article en anglais sur le site du Jakarta Post


Traduction et adaptation : JJL