Amphilophus istlanus R.AllgayerRévision des cichlidés d'Amérique Centrale et du Sud : une nouvelle « soupe » moléculaire !
On nous avait servi un plat similaire en 2015 (McMahan, C.D., Matamoros, W.A., Piller, K.R. & Chakrabarty, Taxonomy and systematics of the herichthyins (Cichlidae: Tribe Heroini), with the description of eight new Middle American Genera) mais qui était plus digeste que cette nouvelle révision.
Cependant, elle aura le mérite de fixer le statut des Amphilophus, des Astatheros et celui de quelques espèces orphelines, en attente d'un statut acceptable.

Mais comme à chaque fois, ces manipulations d'éprouvettes sont à l'origine de dérapages et d'instabilités systématiques. Mais les observations discriminatoires entre genres portent essentiellement sur l'anatomie céphalique liée au mode nutritionnel (détritivores, géophages, carnivores, piscivores, etc).
Pas moins de 9 genres nouveaux sont décrits et l'ensemble des genres existants est revisité.

Kronoheros umbriferus
Premier genre nouveau : Kronoheros pour deux espèces l'une K. umbriferus de Colombie et K. sp Panama de la côte pacifique du Panama. L'espèce type est Cichlasoma umbriferum. Kronoheros = Kronos le meneur des premiers Titans.
Le nom a été choisi pour sa taille exceptionnelle parmi les cichlidés néotropicaux.


Chocoheros microlepis
Deuxième genre nouveau : Chocoheros créé pour l'espèce C. microlepis décrit par Dahl en 1960 sous Cichlasoma.
Cette espèce n'a jamais été capturée depuis la capture de l'holotype.  Nous ne savons donc pas à quoi ressemble cette espèce vivante, endémique du Rio Baudo dans le Choco, une province de Colombie, sur la côte pacifique près du Panama. Avis personnel : sur le plan anatomo-morphologique, cette espèce aurait très bien pu être classée dans Mesoheros.

Cribroheros alfari
Troisième genre nouveau : Cribroheros avec comme espèce type Heros rostratus.
Le nom de genre est composé de cribro pour filtreur (géophage) et Heros. Le genre regroupe les espèces suivantes : Cribroheros alfari ; Cribroheros altifrons ; Cribroheros bussingi ; Cribroheros diquis ; Cribroheros longimanus ; Cribroheros rhytisma ; Cribroheros robertsoni ; Cribroheros rostratus.
Cette composition est sans surprise. C. disquis et C. altifrons sont distribués sur la côte pacifique. Les auteurs y ont inclus la mystérieuse espèce Heros margaritifer du lac Péten qu'ils pensent être un hybride entre Thorichthys affinis et Vieja melanura.

Wajpamheros (= Theraps) nourissati
Quatrième genre nouveau : Wajpamheros avec comme espèce type Theraps nourissati.
Genre monotypique. Wajpamheros « qui a de la boue sur le visage » en Maya-Chol et Heros. Avis personnel : cas typique d'une description de genre inutile. Le fait de laisser T. nourissati avec Theraps irregularis ne met pas en cause la monophylie du genre Theraps.

Darienheros calobrensis Rio Pierati
Cinquième genre nouveau : Darienheros avec comme espèce type Cichlasoma calobrense du Rio Calobrense au Panama. Etymologie : Darien et Heros.
Une espèce orpheline en moins, genre justifié.

Sixième genre nouveau : Talamancaheros espèce type Heros sieboldii.
Genre monotypique signifiant Heros de la montagne de Talamanca. Sa distribution se situe sur le versant pacifique du Costa Rica et de Panama. La grande différence est la présence d'un frein à la lèvre inférieure avec une combinaison d'autres caractères anatomiques de l'appareil maxillaire. T. sieboldii a été pendant longtemps un «bourbier » nomenclatural avec ses synonymes Herichthys underwoodi Regan, 1906, Cichlasoma punctatum Meek, 1909, Cichlasoma frontale Meek, 1909 et Theraps terrabae Jordan & Evermann, 1927.

Septième genre nouveau : Isthmoheros avec comme espèce type Cichlasoma tuyrense.
Genre monotypique pour Isthmoheros tuyense. Le genre a comme genre frère Talamancaheros et, comme lui, est endémique de la côte pacifique du Costa Rica et Panama.

Huitième genre nouveau : Chortiheros avec comme espèce type Theraps wesseli.
Genre monotypique signifiant Chortis = bloc. Chortis est une plaque géologique située sur le Honduras, le Salvador et une partie du Nicaragua et Heros. Espèce rhéophile comme les/le Theraps où il aurait pu rester. L'espèce est originaire du Rio Bellaire au Honduras.

Mayaheros urophthalmus
Neuvième genre nouveau : Mayaheros avec comme espèce type Heros urophthalmus. Mayaheros du nom ancestral du peuple Maya et Heros.
Cette espèce orpheline bien connue a comme localité type la région du lac Petén Itzá. Les auteurs incluent dans le genre les diverses sous-espèces élevées au rang d'espèces sans toutefois donner des indications permettant de les distinguer à savoir : Mayaheros aguadae (Hubbs, 1936), Mayaheros alborus (Hubbs, 1936), Mayaheros amarus (Hubbs, 1936), Mayaheros beani (Jordan, 1889), Mayaheros cienagae (Hubbs, 1936), Mayaheros conchitae (Hubbs, 1936), Mayaheros ericymba (Hubbs, 1936), Mayaheros mayorum (Hubbs, 1936), Mayaheros stenozonus (Hubbs, 1936), Mayaheros trispilus (Hubbs, 1935), Mayaheros troschelii (Steindachner, 1867), Mayaheros urophthalmus (Günther, 1862), Mayaheros zebra (Hubbs, 1936).
Donc nous ne sommes pas plus avancés avec cette liste d'espèces que l'on connaissait sous « Cichlasoma ». La répartition géographique au sens large s'étend de Vera Cruz au Mexique jusqu'au Honduras.
Surprise : la présence de Heros beani du Rio Balsas avec les Mayaheros. D'après les analyses moléculaires, ces deux espèces seraient les formes basiques des amphilophines. Avis personnel : je pencherais pour un ancêtre commun avec les Herichthys-Nosferatu qui se serait fait piéger sur le versant pacifique lors de la surrection des Sierra Madre au Mexique.
Les auteurs font des remarques sur la dernière révision des Herichthyines (2015) où comme chez les Égyptiens, tout est martelé pour effacer ce qu'a fait le Pharaon précédent. Lamentable ! Cette classification des cichlidés de l'Amérique centrale du Nord doit être maintenue, il n'y a rien à y changer.

Sont repris tous les autres genres et ceux originaires d'Amériques du Sud attribués aux Heroines.

Australoheros Rican & Kullander, 2006 ; espèce type : Chromis facetus Jenyns, 1842.
Aucun changement notable pour ce genre. Mais il semble qu'il y a un certain nombre d'espèces synonymes sur une surface géographique assez limitée.

Heroina Kullander, 1996 ; espèce type : Heroina isonycterina Kullander, 1996.
Distribution dans les rios Napo (Equateur), Caquetá (Colombie),  Tigre, Corrientes, et Pastaza Pérou. Pas de changement.

Caquetaia Fowler, 1945 espèce type Caquetaia amploris avec les espèces Caquetaia kraussii (Steindachner, 1878) ; Caquetaia myersi (Schultz, 1944) ; Caquetaia spectabilis (Steindachner,1875). Espèces du type piscivore originaires du Nord-Ouest de l'Amérique du Sud. Espèces dont la bouche est fortement protractile, similaire à Petenia.

Mesoheros McMahan & Chakrabarty in McMahan et al., 2015 ; espèce type : Heros festae Boulenger 1899 avec comme espèces Mesoheros  atromaculatus (Regan, 1912), Mesoheros festae (Boulenger, 1899), Mesoheros gephyrus (Eigenmann, 1922), Mesoheros ornatus (Regan, 1906). Espèces originaires du versant pacifique du Pérou, Equateur et Colombie et de la côte atlantique du Panama.

Nandopsis Gill, 1862 ; espèce type : Centrarchus tetracanthus Valenciennes, 1831 avec comme espèces Nandopsis haitiensis (Tee-Van, 1935); Nandopsis ramsdeni (Fowler, 1938); Nandopsis tetracanthus (Valenciennes, 1831), † Nandopsis woodringi (Cockerel, 1924). Sans changement. Espèces endémiques des grandes Antilles.

Herotilapia Pellegrin, 1904 ; espèce type : Heros multispinosus Günther, 1867.
Genre monotypique originaire du Costa Rica et du Guatemala. Pas de changement.

Tomocichla Regan, 1908 ; espèce type : Tomocichla underwoodi Regan, 1908.
Inclut les espèces Tomocichla asfraci Allgayer 2002, Tomocichla tuba (Meek, 1912). Distribution de l'Ouest du panama au Nicaragua sur la côte atlantique.

Rocio Schmitter-Soto, 2007 ; espèce type : Heros octofasciatus Regan, 1903.
Le genre contient Rocio gemmata Contreras–Balderas & Schmitter- Soto, 2007 ; Rocio ocotal Schmitter-Soto, 2007 ; Rocio octofasciata (Regan, 1903) ; Rocio spinosissima (Vaillant & Pellegrin, 1902). La présence de Archocentrus spinosissimus est inacceptable dans le genre Rocio. L'espèce possède un corps trop élevé et un nombre d'épines à la nageoire anale élevé rendant le genre Rocio polyphylétique par sa présence. En outre, c'est un pondeur sur substrat vertical alors que les espèces du genre Rocio sont des pondeurs sur substrat horizontal. Notre avis : devrait être maintenue dans le genre Archocentrus avec A. centrarchus. La distribution du genre s'étend du Mexique au Honduras.

Astatoheros macracanthus - Rio Tehuentepec
Astatheros Pellegrin, 1904 ; espèce type : Heros macracanthus Günther, 1864.
Genre monotypique avec Astatoheros macracanthus qui était une autre espèce orpheline. Espèce malacophage du versant pacifique du Chiapas du Mexique au Nicaragua. Sur la base d’ADN mt, nADN (nucléaire) et ddADN (double digeste). Rocio serait emboité entre Astatheros et Cribroheros.

Petenia Günther, 1862 sans changement. Genre monotypique avec Petenia splendida.

 Parachromis Agassiz, 1859 ; espèce type ! Parachromis gulosus Agassiz 1859.
Pas de changement, avec les espèces Parachromis dovii (Günther, 1864) ; Parachromis friedrichsthalii (Heckel, 1840) ; Parachromis loisellei (Bussing, 1989) ; Parachromis managuensis (Günther, 1867) ;  Parachromis motaguensis (Günther, 1867). Espèces piscivores. Distribution du sud du Mexique à l'ouest du Panama.

Cryptoheros Allgayer, 2001 ; espèce type : Heros spilurus Günther, 1862.
Les auteurs n'y maintiennent que Cryptoheros chetumalensis  Schmitter-Soto, 2007 ; Cryptoheros cutteri (Fowler, 1932) ; Cryptoheros spilurus (Günther, 1862). L'argumentation moléculaire pour une imbrication de Neetroplus et Hypsophrys entre Amatitlania et Cryptoheros n'est pas justifiée. Cette position systématique engendre une forte instabilité allant à l'encontre du Code de Nomenclature Zoologique.

Hypsophrys Agassiz, 1859 ; espèce type : Hypsophrys unimaculatus Agassiz 1859 genre monotypique avec Hypsophrys nicaraguensis Günther, 1864. Pas de changement.

Neetroplus Günther, 1867 ; espèce type Neetroplus nematopus Günther, 1867, pas de changement.

Archocentrus spinosissimus
Archocentrus Gill in Gill & Bransford, 1877 ; espèce type : Heros centrarchus Gill in Gill & Bransford, 1877.
Les auteurs rendent ce genre  monophylétique en retirant l'espèce Archocentrus spinosissimus et en la plaçant dans Rocio. Cette espèce devrait rester dans ce genre surtout sur la base du nombre des épines dans la nageoire anale. Les auteurs ne semblent pas bien connaître cette espèce vivante.


Amphilophus istlanus
Amphilophus Agassiz, 1859 ; espèce type : Amphilophus froebelii Agassiz, 1859 = Amphilophus labiatus Gunther, 1864.
Le genre renferme essentiellement des espèces des lacs de cratère du Nicaragua (Nicaragua, Managua et les lacs satellites comme Jiloa, Masaya, Apoyo). Le genre  renferme les espèces suivantes : Amphilophus amarillo Stauffer & McKaye, 2002 ; Amphilophus astorquii Stauffer, McCrary & Black, 2008 ; Amphilophus chancho Stauffer, McCrary & Black, 2008 ; Amphilophus citrinellus (Günther, 1864) ; Amphilophus flaveolus Stauffer,   McCrary & Black, 2008 ; Amphilophus globosus Geiger, McCrary & Stauffer, 2010 ; Amphilophus hogaboomorum (Carr & Giovannoli, 1950) ; Amphilophus istlanus (Jordan & Snyder, 1899) ; Amphilophus labiatus (Günther, 1864) ; Amphilophus lyonsi (Gosse, 1966) ; Amphilophus sagittae Stauffer & McKaye, 2002 ; Amphilophus supercilius Geiger, McCrary & Stauffer, 2010 ; Amphilophus tolteca Recknagel, Kusche, Elmer, & Meyer, 2013 ; Amphilophus trimaculatus (Günther,1867) ; Amphilophus viridis Recknagel, Kusche, Elmer, & Meyer, 2013 ; Amphilophus xiloaensis Stauffer & McKaye, 2002 ; Amphilophus zaliosus (Barlow, 1976). Amphilophus istlanus du Mexique y trouve sa place ainsi que A. lyonsi de la côte atlantique du Costa Rica et Panama ainsi que A. trimaculatus de la côte pacifique du Mexique au Salvador. Selon les auteurs, A. istlanus serait un mélange (sic) entre la lignée de A. trimaculatus et celle de Mayaheros beani.

Panamius Schmitter-Soto, 2007 ; espèce type : Neetroplus panamensis Meek & Hildebrand, 1913. Le sous-genre décrit par Schmitter-Soto est élevé au rang de genre monotypique avec Panamius panamensis (Meek & Hildebrand,1913). L'espèce est présente dans le canal de Panama et sur la côte pacifique du Panama.

Chiapaheros McMahan & Piller in McMahan et al., 2015 ; espèce type : Cichlasoma grammodes Taylor & Miller, 1980. Genre monotypique avec  Chiapaheros grammodes (Taylor & Miller,1980) du Mexique et Guatemala. Sans changement.

Trichromis McMahan & Chakrabarty in McMahan et al., 2015. Genre monotypique avec Heros salvini Günther, 1862. = Trichromis salvini. Sans changement.

Thorichthys Meek, 1904 ; espèce type : Thorichthys ellioti Meek, 1904 (= Heros maculipinnis Steindachner, 1864) Le genre contient les espèces suivantes : Thorichthys affinis (Günther, 1862), Thorichthys aureus (Günther, 1862), Thorichthys callolepis (Regan, 1904), Thorichthys helleri (Steindachner, 1864), Thorichthys maculipinnis (Steindachner, 1864), Thorichthys meeki Brind, 1918, Thorichthys pasionis (Rivas 1962),  Thorichthys socolofi Miller & Taylor, 1984. Sans changement par ailleurs.

Herichthys Baird & Girard, 1854 avec comme espèce type Herichthys cyanoguttatus Baird & Girard, 1854.
Les auteurs mettent en synonymie Nosferatu rendant ainsi Herichthys polyphylétique. La nouvelle combinaison d'espèces se compose de : Herichthys bartoni (Bean, 1892) ;  Herichthys carpintis (Jordan & Snyder, 1899) ; Herichthys cyanoguttatus Baird & Girard, 1854; Herichthys deppii (Heckel,  1840) ; Herichthys labridens (Pellegrin, 1903) ; Herichthys minckleyi (Kornfield & Taylor, 1983) ; Herichthys molango De la Maza-Benignos & Lozano- Vilano, 2013 ; Herichthys pame De la Maza-Benignos & Lozano-Vilano, 2013 ; Herichthys pantostictus (Taylor & Miller, 1983) ; Herichthys steindachneri (Jordan & Snyder, 1899) ; Herichthys tamasopoensis Artigas Azas, 1993. Le genre Nospheratu devrait être maintenu avec : Nosferatu bartoni (Bean 1892), Nosferatu labridens (Pellegrin 1903), Nosferatu molango (De la Maza-Benignos & Lozano-Vilano 2013), Nosferatu pame (De la  Maza-Benignos & Lozano-Vilano 2013), Nosferatu pantostictus (Taylor & Miller 1983), Nosferatu pratinus (De la Maza-Benignos & Lozano- Vilano 2013), Nosferatu steindachneri (Jordan & Snyder 1899). Ceci d'autant plus que les Nosferatu possèdent une distribution géographique différente et bien délimitée. Herichthys plus au Nord du Mexique , Nosferatu plus au Sud (Vercruz).

Theraps Günther, 1862 ; espèce type : Theraps irregularis Günther, 1862. Genre monotypique, mais Theraps nourissati et probablement T. wesseli y auraient parfaitement trouvé leur place. Ainsi Theraps, Chuco, Rheoheros, Paraneetroplus (s.s.) sont formellement regroupés dans les  Therapsini Allgayer, 1989.

Cincelichthys McMahan & Piller in McMahan et al., 2015 ; espèce type : Neetroplus bocourti Vaillant & Pellegrin, 1902 ; deux espèces : Cincelichthys bocourti (Vaillant & Pellegrin,1902) ; Cincelichthys pearsei (Hubbs, 1936). Pas de changement.

Kihnichthys McMahan & Matamoros in McMahan et al., 2015 ; espèce type : Vieja ufermanni Allgayer, 2002 Sans changement.

Chuco Fernández-Yépez, 1969 ; espèce type : Cichlasoma milleri Meek 1907 = Heros microphthalmus Günther, 1862.
Le genre contient Chuco godmanni (Günther, 1862) ; Chuco intermedium (Günther, 1862) ; Chuco microphthalmus (Günther,1862). Lorsque le genre a été réhabilité (Allgayer : 1989) par la suite, le genre est passé en synonymie avec tous les autres d'Amérique Centrale. Mais rien de nouveau par la réhabilitation du genre.

Rheoheros McMahan & Matamoros in McMahan et al., 2015 ; espèce type : Heros lentiginosus Steindachner, 1864.
Contient deux espèces Rheoheros coeruleus (Stawikowski & Werner,1987) ; Rheoheros lentiginosus (Steindachner, 1864) pas de  changement.

Vieja Fernández-Yépez, 1969 ; espèce type : Vieja panamensis = Cichlasoma maculicauda Regan, 1905 contient les espèces suivantes : Vieja bifasciata (Steindachner, 1864) ; Vieja breidohri (Werner & Stawikowski, 1989) ; Vieja fenestrata (Günther, 1860) ; Vieja guttulata (Günther,  1864) ; Vieja hartwegi (Taylor & Miller, 1980) ; Vieja maculicauda (Regan, 1905) ; Vieja melanura (Günther, 1862) ; Vieja zonata (Meek, 1905). Il est a noter que V. synspilus n'est pas un synonyme de V. melanura.

Maskaheros McMahan & Piller in McMahan et al., 2015 ; espèce type : Vieja argentea Allgayer, 1991 accompagné de son espèce geminée M. regani (Miller, 1974). Sans changement.

Paraneetroplus Regan, 1905 espèce type : Paraneetroplus bulleri Regan, 1905 ainsi que les espèces Paraneetroplus gibbiceps (Steindachner, 1864) ; Paraneetroplus nebuliferus (Günther, 1860); Paraneetroplus omonti Allgayer,1988.

 

Les cichlidés néotropicaux présentent beaucoup plus de polymorphisme génétique que les africains du fait de leur ancienneté (y compris au sein d'une même espèce), alors que ces derniers ont été soumis à beaucoup plus de processus de diversification du fait de la grande instabilité  géologique de leur continent. C'est là que l'on s'aperçoit que l'on ne peut pas mesurer l'évolution et classer les animaux uniquement en termes de variabilité du matériel génétique. Les études moléculaires peuvent aider à repérer les dichotomies, une fois résolus les problèmes de référentiel, mais pas à évaluer l'importance des processus évolutifs, à moins de les corréler avec les caractères.

Il est vrai qu'on oublie que les molécularistes, les morphologistes et les anatomistes (et autres...) ne travaillent pas sur des caractères qui sont similaires puisque leur matériel appartient à des niveaux d'organisation différents (molécule-individus).

Tous les gènes n'accumulent pas à la même vitesse les mutations. Certains gènes, peu contraints par la sélection naturelle, accumulent  rapidement les mutations, ils changent vite. Ils sont donc commodes pour résoudre des relations de parenté récente, entre des espèces très  proches. Inversement pour des espèces ayant divergé à priori il y a longtemps. Malheureusement pour les cichlidés les divergences sont souvent trop récentes et on a du mal à trouver des gènes donnant le bon signal.

Bien sûr, les réalités économiques peuvent conduire à préférer un mode d'investigation à un autre, mais que ce choix soit fait en connaissance  de cause, et non pour céder à un effet de mode. Il est compréhensible que les "classiques" aient -un peu- à courber l'échine en attendant un retour de faveur, mais il serait extrêmement dangereux que ce soit au point d'arriver à une disparition quasi totale de nos acquis dans les méthodes classiques. C'est ce qui est en train de se produire, et ce capital pourrait être très long à reconstituer.

Mais il faut s'attacher autant que possible à reconstituer ou expliquer l'ensemble des processus évolutifs qui se sont succédés (apparitions de caractères, disparitions, réversions), plutôt que de s'en remettre à des hypothèses de « parcimonie », qui sont d'une certaine façon un aveu  d'impuissance. C'est vrai que dans une majorité de cas, il faudra s'en contenter, l'évolution n'ayant pas eu l'amabilité de nous laisser des traces de son passage partout. Il faut seulement que, pour autant, on ne jette pas le discrédit sur les recherches classiques lorsqu'il y a matière à les entreprendre, sous prétexte qu'elles sont démodées ou laborieuses.

Mais il se trouve que le moléculaire ouvrait des perspectives radicalement différentes par rapport aux autres critères morphologiques, qui s'enchaînaient de façon plus progressive, et la tentation a été beaucoup plus forte d'en tirer des conclusions révolutionnaires. D'autant que la formation et l'approche des uns et des autres sont fondamentalement différentes. Le « choc des civilisations » a donc été nettement plus fort qu'entre différentes « cultures » morphologiques.

Pour en revenir aux phylogénies moléculaires des cichlidés, le principal problème vient du manque de « signal » présent dans les phylogénies d'un seul gène. La part du « bruit » est trop forte. Ce qui explique les résultats, parfois étonnant, obtenus. En plus des cas d'hybridation et d'introgression. Ce qui explique que la quasi-totalité des phylogénies monogéniques ne sont pas bien résolue pour les cichlidés et nous sommes en plein dedans sur ces références, encore que la plus ancienne (2015) est assez cohérente.

Comme souvent, les chercheurs n'accordent pas la même importance aux mêmes caractères et c'est pourquoi les différents arbres cladistiques varient en fonction des auteurs de publications car les matrices de comparaison ne sont pas tout à fait les mêmes. Ils en résultent des  conclusions contradictoires selon les publications et c'est pourquoi la lecture par le grand public, ou les non-initiés, est parfois confuse. Dans tous ces cas, les différentes méthodes d'investigation d'un problème (moléculaire, cytogénétique, écologie, morphologie, anatomie...) ne restent que des outils qui apportent des informations différentes et qui, chacune, ont leurs limites. Les caractères utilisés par ces outils ne sont pas les mêmes. Les conclusions ne seront donc, souvent, pas les mêmes non plus.

On utilise une panoplie de logiciels qui nous permettent de comparer ces caractères et d'observer les degrés de corrélations grâce à des  matrices. Evidemment, ces outils, qui ne sont que des outils et pas une fin en soi, ne sont valables que si les caractères choisis sont objectifs et est là tout le problème. Aujourd'hui, en phylogénie moléculaire, on en arrive petit à petit à non plus comparer des bouts d'ADN entre eux, mais simplement des génomes tout entier.

De plus en plus, la taxinomie est malade du fait qu'elle doit admettre qu'elle n'est pas une science rigoureuse, loin s'en faut, et donc que toute conclusion, quelle qu'elle soit, est contestable. Dans ces conditions, il est moins risqué de contester que de proposer un modèle cohérent, et il est surtout plus facile de faire de la soupe de molécules et de la passer au mixeur statistique plutôt que de faire une vraie étude approfondie. Bref, sur le plan taxinomique, ce genre d'étude est assez limité.

Soupe moléculaire + Cladisme
Maintenant si l'on associe une bonne soupe moléculaire à un bon programme cladistique (Mac Clade ou autre) où les caractères sont codés -1; 0; +1 en fonction de l'attribution +/- subjectif des caractères retenus par le chercheur, l'ordinateur nous crachera une classification  phylogénétique plus ou moins  réussie. Malheureusement, pour certains, le cladisme est érigé en vérité intangible et toutes sortes de dogmes. C'est à la fois une simplification due au cladisme-à-oeillères (celui qui ne réalise pas qu'une classification linnéenne sans plésion est une impossibilité) et une conclusion très contestable à partir d'une soupe statistico-moléculaire ...

Le cladisme aide à établir les classifications, mais à moins de renoncer au système linnéen, il n'est pas une fin en soi. Le cladisme est une  bonne méthodologie. Le maintien d'un groupe paraphylétique ou grade (sur la base de plésiomorphies) n'est pas du tout à rejeter.

Une classification cladiste ne peut s'accommoder des rangs. Elle laisse donc des « orphelins » sur le côté. Le cladisme reste une bonne  méthodologie, mais un mauvais mode de classification, du moins tant qu'on reste dans le système linnéen.

C'est à la fois une simplification due au "cladisme-à-œillères" (celui des talibans cladistes) et celui qui ne réalise pas qu'une classification  linnéenne sans plésion est une impossibilité. Exemple : Il se pourrait que Vieja bidule soit le sister-taxon de Herichthys sensu Tartempion, tandis que le clade « Herichthys aaa + H. bob » serait le sister-group de « Machinchouette »).

Mais il est toujours possible de mal déceler ou mal interpréter des convergences, des réversions ou des sauts évolutifs insoupçonnés.

On ne peut pas toujours se baser sur Eischmeyer (Calacademy) et accessoirement Fishbase, car sans discernement, chez eux, c'est presque toujours celui qui a publié en dernier qui a raison.

Je pense que nous en avons pour un moment avant qu'une nouvelle révision pointe le jour pour les cichlidés d'Amérique centrale.


Bibliographie

Allgayer, R. (1989): Révision et redescription du genre Theraps Günther 1862. Description de deux espèces nouvelles du Mexique (Pisces, Perciformes, Cichlidae). – Revue Française des Cichlidophiles, 10: 4 – 30.

De la Maza-Benignos, M. & Lozano-Vilano, M. (2013): Description of three new species of the genus Herichthys (Perciformes: Cichlidae) from eastern Mexico, with redescription of H. labridens, H. steindachneri, and H. pantostictus. – Zootaxa, 3734: 101 – 129.

De la Maza-Benignos, M., Ornelas-García, C.P., de Lourdes Lozano-Vilano, M., García-R amírez, M.E. & Doadrio, I. (2015): Phylogeographic analysis of genus Herichthys (Perciformes: Cichlidae), with descriptions of Nosferatu new genus and H. tepehua n. sp. – Hydrobiologia, 748, 201 – 231.


Texte et photos : Robert Allgayer
Vice-Président FFA - Conseiller scientifique
Insigne "Mastère"FFA